Pourquoi ce fantasme d'éjaculer sur notre partenaire ?

En effet, cette pratique, l'éjaculation externe, a de quoi interroger.
Souvent appelée abusivement "cumshot" sur le net (ce terme anglo-saxon signifiant "éjaculation" tout simplement, sans précision), elle le traverse de bout en bout sur les sites spécialisés.
Devenue la norme en matière de pornographie, elle apparaît cependant toujours aussi peu la bienvenue dans l'intimité réelle des couples.
Qu'est-ce qui nous pousse, nous les hommes, à cette envie de clore l'acte sexuel par l'arrosage de la peau de notre partenaire ?
1. Une pratique peu naturelle ?
Par nature, le sperme est porteur de semence, et doit donc être envoyé à l'intérieur du vagin, afin que les spermatozoides puissent ensuite se frayer un passage vers l'ovule.
Mais la sexualité s'est progressivement érotisée, et désormais, on ne fait plus seulement l'amour pour procréer, mais aussi dans un but de plaisir partagé. Dans l'acte sexuel à but non procréatif, il n'existe donc plus de besoin impérieux d'une éjaculation interne.
"Ce n'est pas pour autant qu'il faut nous cracher dessus", vont répondre en choeur nombre de femmes interdites. La semence masculine est donc assimilée à un crachat ? Elle qui porte les germes de futurs petits êtres ?
En effet, il reste humiliant de recevoir le sperme de son partenaire sur son corps. Alors qu'à l'intérieur, c'est normal, tout va bien. Il est étrange de considérer les choses de cette manière. Si le sperme paraît si rebutant, ne vaut-il pas mieux tout faire pour éviter de l'avoir en soi ?
En fait, l'éjaculation externe est considérée à bien des égards comme une souillure, cette pratique est donc envisagée sous l'angle sado-masochiste de la domination de l'homme sur la femme.
Cela a certainement trait à la popularisation de cette pratique par le monde du porno. En effet, avec les progrès techniques du visionnage, les détails sont devenus de plus en plus visibles par les consommateurs.
Au cours des années 80, les actrices et acteurs ont été régulièrement accusés de simuler les actes sexuels. Pour montrer la bonne foi de la réalisation, plusieurs éléments ont été revus et corrigés par le monde du X. L'épilation est devenue la norme, afin de montrer la réalité des pénétrations.
De même, il a été décidé progressivement que les éjaculations seraient externalisées, de manière à contenter le spectateur dans la réalité de la scène. Cette pratique assez nouvelle s'est banalisée en même temps que la course à la violence et au hard dans les productions, le "toujours plus trash", et s'y est retrouvée assimilée.
En réalité, le plaisir d'éjaculer sur sa partenaire peut aussi être considérée d'une toute autre façon. Bien loin de l'humilier, il s'agit au contraire de démontrer tout l'intérêt que l'on a pour elle, et son plaisir.
En effet, pas question pour l'homme de se cacher : il ne doit pas prendre son plaisir "mécanique" lié à l'éjaculation, tant que sa partenaire n'aura pas eu, elle, son orgasme, peut-être plus tributaire de facteurs contextuels (sensation de partage et de proximité avec son partenaire, écoute de son corps...)
Ainsi, l'homme se retient tant que sa partenaire n'a pas obtenu ce à quoi elle a droit. Le fait de se retirer, et d'éjaculer au dehors symbolise alors le fait que la femme a obtenu son orgasme, et le droit de l'homme à jouir à son tour.
On pourra objecter que les meilleurs orgasmes sont ceux qui arrivent simultanément entre partenaires. Mais il demeure fréquent que cela n'arrive pas.
Bref, l'éjaculation externe ne tient pas nécessairement de la volonté d'humilier sa partenaire, mais plutôt de la symbolique d'avoir satisfait son désir.
En conclusion, l'éjaculation externe ne se réalise pas nécessairement dans l'humiliation de l'autre. Au contraire, elle peut symboliser le fait de s'extraire du coït purement animal, de s'éloigner des seules fins de reproduction de l'espèce. Il s'agit d'érotiser un peu plus le comportement sexuel, et de faire du sperme autre chose qu'une semence biologique, mais pas nécessairement non plus une souillure.

